Accueil / L’état dans le monde de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture

L’état dans le monde de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture

Publié en ligne le 24 mai 2020 - Environnement - Écologie

L’Initiative GreenFacts

L’Initiative GreenFacts est un projet indépendant à but non lucratif qui fournit un accès à des résumés factuels et vérifiés de l’essentiel du contenu de rapports de consensus scientifique clés, la plupart internationaux, dans les domaines de la santé, de l’environnement et du développement durable. Ces résumés sont rédigés sous une forme accessible aux non-spécialistes. L’objectif est de permettre une meilleure compréhension des questions complexes afin que chacun puisse se faire sa propre opinion sur base des faits plutôt que de sélectionner des faits sur la base d’opinions préétablies. L’objectif est également de contribuer à l’adoption de décisions réglementaires les plus équilibrées possibles.

Depuis plus de 15 ans, GreenFacts a ainsi publié plus de 150 résumés couvrant de nombreux thèmes (substances chimiques, pollution atmosphérique, biodiversité, changement climatique, prévention des maladies, énergie, alimentation et mode de vie, organismes génétiquement modifiés, perturbateurs endocriniens, déchets plastiques marins, etc.). Son site, greenfacts.org, reçoit entre trois et six millions de visites annuelles. Jamais jusqu’ici il n’a été reproché à GreenFacts que ces résumés ne seraient pas conformes au contenu des rapports originaux et, durant plusieurs années, dans le cadre d’un contrat avec la Direction générale de la santé et des consommateurs de la Commission européenne, GreenFacts a préparé et co-publié des « résumés à l’intention des citoyens » présentant les avis scientifiques émis par les comités scientifiques de l’Union européenne.

Science et pseudo-sciences, dans le cadre d’un partenariat établi entre l’Afis et Greenfacts, reproduira régulièrement certains des résumés ainsi produits.

Ceci est un résumé fidèle du rapport produit en 2019 par l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) : “The State of the World’s Biodiversity for Food and Agriculture” (sur fao.org). Un résumé plus détaillé du rapport complet (dit de « niveau 2 ») est accessible sur le site greenfacts.org

Contexte

De nombreuses espèces essentielles à la biodiversité et à la production agricole, comme les abeilles, sont actuellement menacées. Parce qu’elle sous-tend le système alimentaire, la biodiversité est un enjeu crucial pour la sécurité alimentaire et le développement durable.

Qu’est-ce qui rend la biodiversité si importante pour l’alimentation et l’agriculture ?

La biodiversité est la variété de la vie au niveau génétique, des espèces et des écosystèmes ; elle est essentielle aux interactions mutuelles entre les espèces qui sous-tendent la biologie de la production alimentaire. Dans le contexte de l’alimentation et de l’agriculture, la partie de la biodiversité qui contribue d’une manière ou d’une autre à l’agriculture et à la production alimentaire est considérée plus spécifiquement, y compris les espèces qui sont utilisées directement dans la production alimentaire et la vaste gamme d’organismes associés qui vivent dans et autour des systèmes de production alimentaire et agricole, qui les soutiennent et contribuent à leur production.

Fournir suffisamment d’aliments sains et nutritifs à une population mondiale croissante pose de nombreux défis. L’un des plus importants est la nécessité d’accroître la production alimentaire mondiale sans compromettre la capacité des terres et des mers du monde à satisfaire les besoins alimentaires des générations futures et à fournir d’autres services essentiels aux écosystèmes.

Dans certains domaines clés, les efforts en faveur de la conservation de la biodiversité sont également essentiels pour atteindre les 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030 des Nations Unies sur un.org, dont notamment :

  • la pollinisation. On estime que 87 % de toutes les espèces de plantes à fleurs sont pollinisées par des animaux ;
  • la protection contre les espèces prédatrices. De nombreuses composantes de la biodiversité présentes dans et autour des systèmes de production aident à contrôler les espèces qui peuvent attaquer les cultures, le bétail, les arbres ou les espèces aquatiques, causer ou propager des maladies ou perturber les activités humaines ou l’approvisionnement en services écosystémiques ;
  • le climat. Les forêts, les prairies et les écosystèmes d’eau douce, marins et côtiers jouent un rôle clé dans le cycle du carbone de la Terre et donc dans la régulation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Dans tous les cas, l’absorption et la libération de carbone dépendent de processus complexes impliquant une vaste gamme d’espèces en interaction ;
  • la qualité des ressources en eau. De nombreux organismes différents contribuent au processus de filtration des polluants avant qu’ils pénètrent dans les plans d’eau, en les transférant hors de l’eau (par exemple dans les sédiments de fond ou l’atmosphère) ou en les dégradant en éléments bénins ou moins nocifs ;
  • les services culturels. La biodiversité a une influence majeure sur l’aspect esthétique de nombreux écosystèmes, leur capacité d’inspiration, leur pertinence pour diverses activités récréatives humaines et leur importance éducative.

Quels sont les principaux facteurs qui affectent la biodiversité ?

Alfred Sisley (1839-1899)

De nombreux facteurs ont des impacts négatifs majeurs sur la biodiversité et sur la résilience des services écosystémiques qu’elle fournit, mais certains ont également un impact positif et peuvent contribuer à promouvoir une gestion plus durable. Les changements dans l’utilisation et la gestion des terres et des eaux entraînant la perte et la dégradation des écosystèmes forestiers et aquatiques sont le principal facteur mentionné par le plus grand nombre de pays comme ayant des effets négatifs sur la régulation et le soutien des services écosystémiques.

Certains des facteurs qui déterminent des changements dans la biodiversité opèrent au niveau mondial, comme le changement climatique ou ceux qui affectent les marchés internationaux, tandis que d’autres, comme les changements dans l’utilisation des terres ou la prolifération des espèces envahissantes, opèrent à un niveau plus local. Les interactions entre ces facteurs de changement peuvent exacerber leurs effets sur la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture, effets en partie causés par des pratiques agricoles inappropriées : surexploitation, pollution, utilisation excessive d’intrants externes et changements dans la gestion des terres et des eaux. Il est intéressant de noter que la superficie forestière mondiale continue de diminuer, bien que le taux de perte ait lui-même diminué de 50 % entre les périodes 1990-2000 et 2010-2015.

Dans ce contexte, les mesures politiques et les progrès de la science et de la technologie sont largement considérés par les différents pays comme des facteurs positifs qui permettent de réduire les effets négatifs d’autres facteurs sur la biodiversité. Ils fournissent des points d’entrée critiques pour les interventions en faveur de l’utilisation durable et de la conservation. Cependant, les politiques visant à promouvoir la gestion durable de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture sont souvent encore peu appliquées.

Quelles sont les tendances dans le déclin de la biodiversité ?

De nombreuses composantes-clés de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture au niveau génétique, des espèces et des écosystèmes sont en déclin. Les données indiquent que la proportion d’espèces animales menacées d’extinction augmente, que près d’un tiers des stocks de poissons sont surexploités et qu’un tiers des espèces de poissons d’eau douce évaluées sont considérées comme menacées.

Dans de nombreuses régions du monde, les paysages agricoles biodiversifiés dans lesquels les terres cultivées sont entrecoupées de zones non cultivées, comme les forêts, les pâturages et les zones humides, ont été ou sont remplacés par de vastes zones de monoculture utilisant de grandes quantités d’intrants externes tels que des pesticides, des engrais minéraux et des combustibles fossiles.

Par conséquent, pour certaines plantes cultivées, la diversité dans les champs des agriculteurs diminue et les menaces à la diversité augmentent. Du fait de la destruction et de la dégradation des habitats, de la surexploitation, de la pollution et d’autres menaces encore, les pays signalent que dans les écosystèmes-clés qui fournissent de nombreux services essentiels à l’alimentation et à l’agriculture, de nombreuses espèces qui contribuent aux services essentiels des écosystèmes, notamment les pollinisateurs, les ennemis naturels des parasites, les organismes du sol et les espèces alimentaires sauvages, sont en déclin.

Les pratiques nécessaires sont-elles appliquées ?

Dans quelle mesure les pratiques nécessaires à la protection de la biodiversité et à la mise en place de pratiques durables dans les pratiques alimentaires et agricoles sont-elles appliquées ?

L’utilisation durable et la conservation de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture exigent des approches dans lesquelles les ressources génétiques, les espèces et les écosystèmes sont gérés de manière intégrée dans le contexte des systèmes de production (in situ) et de leur environnement (ex situ) 1.

Les principales tâches consistent notamment à s’attaquer aux causes de la perte de biodiversité dans le secteur de l’alimentation et de l’agriculture et, au-delà, à renforcer les mesures de conservation in situ et ex situ et à accroître l’adoption de pratiques de gestion qui favorisent les contributions de la biodiversité à la production durable.

En particulier, pour de nombreux types de biodiversité et d’aliments sauvages associés, l’utilisation et la conservation durables nécessitent une gestion in situ ou à la ferme intégrée dans des stratégies au niveau des écosystèmes ou des paysages. La conservation ex situ devrait servir de stratégie complémentaire.

Les ressources génétiques végétales, animales, forestières et aquatiques sont conservées in situ grâce à diverses approches, notamment la promotion de leur utilisation durable dans les systèmes de production et la création de zones protégées et d’autres zones désignées. Cependant, de nombreuses espèces et populations restent insuffisamment protégées.

Cela dit, il est difficile d’évaluer pleinement dans quelle mesure les approches qui favorisent la durabilité et la biodiversité sont mises en œuvre, en raison de la variété des échelles et des contextes concernés et de l’absence de données et de méthodes d’évaluation appropriées.

L’amélioration de l’utilisation durable et de la conservation de la biodiversité est souvent entravée par un manque de compréhension systémique des interactions entre les secteurs (production végétale et animale, foresterie, pêche et aquaculture), entre biodiversité sauvage et domestiquée, et entre les composantes écologiques et socio-économiques des systèmes de production. Une coopération interdisciplinaire et une plus grande participation des producteurs et d’autres intervenants aux projets de recherche aideraient à combler ces lacunes dans les connaissances.

Quelles conditions pour des pratiques durables ?

Que faut-il pour mettre en place des pratiques durables en matière de biodiversité dans les pratiques alimentaires et agricoles ?

Il est urgent d’établir ou de renforcer des cadres habilitants pour l’utilisation durable et la conservation de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture. La plupart des pays ont mis en place des cadres juridiques, politiques et institutionnels visant l’utilisation durable et la conservation de la biodiversité dans son ensemble. Les politiques relatives à l’alimentation et à l’agriculture seraient de plus en plus fondées sur des approches écosystémiques, paysagères et marines. Cependant, les mesures juridiques et politiques ciblant explicitement les aliments sauvages ou les composantes de la biodiversité associée et leur rôle dans la fourniture de services écosystémiques ne sont pas très répandues.

Quelles sont les principales conclusions ?

Quelles sont les principales conclusions du rapport de la FAO sur la biodiversité dans les pratiques alimentaires et agricoles (BPA) ?

Les principales conclusions du rapport sont qu’il y a, au minimum, un besoin :

  • de mieux comprendre les effets des facteurs de changement sur la BPA et prendre des mesures urgentes pour remédier à ceux qui compromettent la durabilité de la production alimentaire et agricole ;
  • d’améliorer le suivi des menaces reconnues qui pèsent sur la BPA, telles que la destruction des habitats, la pollution, l’utilisation inappropriée des intrants agricoles, la surexploitation, les ravageurs, les maladies et les espèces exotiques envahissantes, et intensifier les efforts pour les réduire ou atténuer leurs effets ;
  • de promouvoir l’utilisation de technologies et de pratiques de gestion qui ont des effets positifs sur la BPA et l’offre de services écosystémiques ;
  • de mettre en œuvre des politiques qui contribuent à protéger la biodiversité des effets des facteurs négatifs et soutenir son utilisation durable ;
  • de supprimer ou réviser les politiques qui ont des effets néfastes ;
  • de promouvoir l’utilisation de la BPA pour l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation de leurs effets, la réduction des risques de catastrophe et la lutte contre d’autres facteurs qui ont une incidence négative sur les systèmes de production et l’offre de services écosystémiques.

1 La conservation in situ comprend les mesures qui favorisent le maintien de la biodiversité (y compris la biodiversité domestiquée) à l’intérieur et autour des systèmes de production végétale, animale, forestière, aquatique et mixte (ou, dans le cas des aliments sauvages et des espèces sauvages apparentées aux espèces domestiquées, dans d’autres habitats). La conservation ex situest définie comme « la conservation des éléments constitutifs de la diversité biologique en dehors de leurs habitats naturels ».


Thème : Environnement

Mots-clés : Écologie