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Altruistes et psychopathes

Publié en ligne le 17 avril 2020
Altruistes et psychopathes
Leur cerveau est-il différent du nôtre ?

Abigail Marsh
Humensciences, 2019, 398 pages, 24,50€

Abigail Marsh est professeure de neuropsychologie à l’université de Georgetown (États-Unis). Elle a publié dans des revues de haut niveau un nombre impressionnant de recherches, dont beaucoup effectuées au célèbre Institut national de santé mentale (NIMH). Elle a notamment étudié, via l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, des psychopathes, adolescents et adultes, et des altruistes exceptionnels. Dans l’échantillon des altruistes se trouvaient 19 personnes ayant donné un rein à un inconnu (la première était une nonne bouddhiste zen de 68 ans). Du point de vue comportemental, les psychopathes se caractérisent par l’insensibilité aux autres, l’absence de compassion, des conduites antisociales et des manipulations cyniques. À l’inverse, les altruistes sont particulièrement sensibles à la détresse d’autrui. Ils volent au secours de personnes en danger, même s’ils éprouvent une peur intense.

A. Marsh a mis en évidence la différence de fonctionnement d’une structure cérébrale, l’amygdale, entre les psychopathes et les super-altruistes 1. Chez les premiers, l’amygdale est relativement petite et ne s’active pas ou très peu à la vue de l’expression de la peur chez autrui. Chez les seconds, l’amygdale s’active fortement en présence d’expressions de peur ou de détresse chez les autres.

Le fonctionnement des structures cérébrales est influencé par des forces culturelles. On constate en effet une corrélation entre d’une part le bien-être et, d’autre part, la générosité et le bénévolat. Comme Steven Pinker l’a montré dans son formidable ouvrage La part de l’ange en nous. Histoire de la violence et de son déclin (Les Arènes, 2017, 1042 p.), la violence et la cruauté ont globalement diminué depuis l’Antiquité, sans doute sous l’effet d’échanges commerciaux, de gouvernements centralisés, de l’amélioration de l’éducation et de la santé.

L’auteure présente une revue approfondie de facteurs physiologiques qui favorisent l’attachement et les conduites de soins aux petits, chez les animaux et chez les humains. Elle évoque notamment le rôle de l’ocytocine, « l’hormone des câlins », et les comportements d’allomaternage, le fait de s’occuper de petits qui ne sont pas les siens. Chez certaines espèces, comme le rat, l’allomaternage est fréquent, tandis que chez d’autres, comme le mouton, il est absent. Si un agneau se retrouve sans mère, il n’est pas adopté par une brebis de son entourage et meurt de faim.

L’auteure a pris soin de fournir des références précises de tous les travaux cités. Son livre est un travail minutieux qui se lit très agréablement. Elle donne de nombreuses illustrations des implications de recherches de pointe. Sans doute bon nombre de lecteurs ne seront plus tout à fait les mêmes après avoir terminé ce livre.

1 L’auteure a mené un nombre important de recherches publiées dans des revues de haut niveau. À titre d’exemple : Marsh A, Finger EC, Mitchell DGV, Reid ME, Sims C, Kosson DS, Towbin KE, Leibenluft E, Pine DS, Blair RJ, “Reduced Amygdala Response to Fearful Expressions in Children and Adolescents with Callous-Unemotional Traits and Disruptive Behavior Disorders”, Am. J. Psychiatry, 2008, 165:712-720.

Publié dans le n° 333 de la revue


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Auteur de la note

Jacques Van Rillaer

Professeur émérite à l’Université de Louvain et aux Facultés (...)

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