Science et Pseudo-Sciences n°331

Les articles de ce numéro à lire en ligne

Sommaire

EDITORIAL
Le débat confisqué

Dossier Biodiversité
  • L’Homme, la nature et la biodiversité : rêve, réalité, cauchemar ?
  • Crise de la biodiversité : vision catastrophiste ou réalité scientifique ? par Xavier Le Roux et Jean-François Silvain
  • Évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques Extraits du rapport de l’IPBES
  • L’état dans le monde de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture Synthèse du rapport de la FAO
  • Le concept de biodiversité à l’épreuve du temps par Alain Pavé
  • L’Anthropocène : question géologique ou sociétale ? par Patrick De Wever et Stan Finney
  • Reconquête de la biodiversité : de quelle nature parle-t-on ? par Christian Lévêque
  • Production agricole et préservation de l’environnement : est-ce possible ? par Christian Huyghe
  • Biotechnologies végétales et biodiversité par André Gallais

Les algues vertes sur le littoral breton : vers la fin d’une controverse scientifique ? par Jean-Paul Krivine et Philippe Le Vigouroux

REGARDS SUR LA SCIENCE
rubrique coordonnée par Kévin Moris

Dossier Les médias et la science
  • Les médias et la science
  • Comment se construit une enquête en télévision par Erwan Seznec
  • Retour « Cash Investigation : fruits et légumes » par Léon Guéguen
Dossier La science et le patriarcat
  • La science et le patriarcat par Antoine Pitrou
  • Vie et mort (et résurrection) du patriarcat par Isabelle Marlier
  • À la recherche des origines de la domination masculine par Christophe Darmangeat

FOU FOU FOU
Le chien, le petit Albert et nous par Brigitte Axelrad

SORNETTES SUR INTERNET
Dangers de la 5G : la pseudo-science…en haut débit par Sébastien Point

LES SORNETTES EN QUESTION
par Sébastien Point

SCIENCE ET CONSCIENCE
L’intégrité scientifique par Hervé Maisonneuve

PSYCHOLOGIE SCIENTIFIQUE
Quelle est la validité de l’explication freudienne des lapsus par Jacques Van Rillaer

ENTRETIEN AVEC…
Jean-Paul Delahaye par Emeric Planet


L’édito

Le débat confisqué

Quelle alimentation voulons-nous ? Quelle agriculture ? Quels aménagements des espaces ? Comment assurer notre production énergétique ? Pour quel développement économique ou social ? Autant de questions importantes et complexes que la société se pose dans un contexte où les scientifiques décrivent de plus en plus précisément les impacts des activités humaines sur l’environnement (voir notre dossier sur le changement climatique dans SPS n°317 de juillet 2016 et notre dossier sur la biodiversité dans ce numéro).

Mais le débat est largement escamoté par une invocation erronée de la science et de ses productions. Ainsi, par exemple, il n’est souvent plus question d’agriculture durable ou de biodiversité, mais de stigmatisation d’une partie des agriculteurs ou de dénonciation de produits « les plus toxiques que l’Homme ait jamais inventés » [1] et que les autorités réglementaires laisseraient répandre. De même, à propos du climat, les principales sources d’émission de dioxyde de carbone sont parfois reléguées en arrière-plan au profit de combats idéologiques et de prétendues menaces de cataclysmes nucléaires… Le citoyen est sommé de se prononcer sur des questions qui le dépassent et pour lesquelles il n’a aucune compétence : dangerosité de produits chimiques, conditions de fonctionnement de systèmes de production d’électricité, stockage de déchets radioactifs, etc. Dans une situation où il lui est difficile de déterminer le vrai du faux sur les dangers et risques réels (affaire de faits), notre cerveau a tendance à déplacer la question sur la perception du « bon » et du « mauvais » (affaire de valeurs) [2]. La chimie de synthèse est perçue comme nuisible face à une nature supposée bienveillante, le vent et le soleil sont plus attractifs que les technologies liées à l’atome qui évoquent la destruction. Dans ce changement de perspective, ce qui est « bon » serait sans risque, ce qui est « mauvais » serait source de tous les dangers [2]...
L’esprit critique 1 dont nous faisons la promotion pourrait être explicité en ces termes : à qui est-il légitime d’accorder sa confiance pour évaluer des assertions sur le monde réel ? et quel degré de confiance attribuer ?

Le doute est partie intégrante de la science, mais, comme le rappelait le mathématicien Henri Poincaré : « Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir » [3]. Dans les domaines de la santé et de l’environnement, dès lors qu’il est question d’expertise scientifique en vue d’une prise de décision, il existe une boussole pour déterminer s’il existe un consensus et ce qu’est son contenu : c’est la pyramide des niveaux de preuve qui évite de tout mettre à égalité, le témoignage, l’étude isolée et l’expertise collective (voir l’éditorial de SPS n°330, « Le consensus scientifique n’est pas un supermarché »). Cette boussole est malheureusement trop souvent oubliée dans les médias (voir notre dossier sur les reportages télévisés dans ce numéro de SPS).

Restaurer la place de la science dans le débat public et dénoncer son instrumentalisation à des fins partisanes, ce n’est pas seulement permettre à la démocratie de se réapproprier les questions de fond sur les orientations qu’elle doit choisir, mais c’est aussi s’assurer que les décisions prises ne s’égarent pas dans des mesures inefficaces au regard des objectifs affichés, voire contradictoires avec ceux-ci.

Science et pseudo-sciences
Références

1 | Robin M-M,« Glyphosate : “The most toxic product ever invented by man” », sur France 24, 14 janvier 2019.

Sur YouTube.

2 | Kahneman D, Système 1, Système 2 : les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2013.

3 | l’hypothèse, Flammarion, 1908.

1 Le terme « zététique » (l’« art du doute ») est, pour nous, synonyme.

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